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On pense différemment quand on est au volant. Le paysage qui défile me permet souvent de voir émerger des idées.

Je peux presque sentir une idée se former dans ma tête. Tout d'abord, c'est un peu indistinct. Puis peu à peu elle prend forme, comme une bulle de savon. Transparente, irisée, l'idée risque de s'envoler ou, pire, elle peut éclater et tout simplement disparaître.

Quand je sens une idée arriver, je prends des précautions. Je l'approche doucement. Si j'essaye de l'attraper trop vite, elle s'éloigne. Alors je la laisse voler un moment librement en attendant de l'apprivoiser. Si je la laisse filer, elle ne reviendra jamais. Une autre idée qui lui ressemble pourra survenir, mais elle ne sera jamais exactement la même.

Et quand c'est le bon moment, quand l'idée s'est fixée sous la forme d'une jolie phrase dans ma tête, c'est le moment, du bout de mon stylo, de l'attraper, et de la poser sur une feuille de papier.

D'autres fois, au contraire, je lâche mon idée, je la laisse filer, avec une pointe de regret.

Voilà pourquoi, chez moi, il m'arrive de me précipiter sur une feuille de papier, pour y jeter quelques mots, pour garder mon idée au chaud. Voilà pourquoi, parfois, j'arrête ma voiture sur le bas-côté de la route, warnings allumés, pour fourrager dans mon sac, trouver le stylo et le carnet dont je ne me sépare jamais, afin de capturer une idée. Parce que je sais que même si j'essaye de la fixer dans ma tête, elle risque de s'envoler.