Chaque année, fin octobre, à Saint-Etienne, a lieu la fête du livre, un grand temple de la lecture sous le chapiteau blanc installé place de l'Hôtel de Ville. J'y vais souvent faire un tour pour le plaisir de voir plein de gens se réunir autour de leur passion de la lecture, un plaisir habituellement solitaire et discret qui, le temps d'un week-end, se montre au grand jour et se partage.

J'aime écouter des conférences, voir les auteurs, flâner. Cette année, l'invité d'honneur était Michel Bussy, un auteur que j'adore. J'ai été bluffée par son roman Nymphéas noirs, captivée par Un Avion sans elle et absorbée par Le Temps est assassin. Cet auteur est éblouissant à tous les niveaux : une narration qui vous garde sous emprise du début à la fin, des personnages très forts, des lieux magiques, une plume alerte. Je l'admire tellement que je m'amuse à part moi à l'appeler "Le Grand Maître".

Car c'est un Grand Maître de l'illusion, un magicien. Il nous montre ce qu'il veut qu'on croie pour mieux nous cacher ce qu'il va révéler et qui était sous les yeux du lecteur depuis le début. Comme le spectateur d'un tour de magie, le lecteur cherche le "truc" sans le trouver. On se fait avoir et on adore ça. Michel Bussy réussit le tour de force de tromper le lecteur sans le trahir.

Me voilà donc à la fête du livre, mon coeur de midinette palpitant à l'idée d'apercevoir Le Grand Maître. Je savais que je ne lui parlerai pas. J'avais juste envie de le voir "en vrai". Et il était juste comme je l'imaginais, souriant, le regard malicieux. Avec une veste en velours et un jean bien coupé, les cheveux un tout petit peu trop longs pour ne pas avoir l'air apprêté. Si on devait faire un casting pour un personnage d'écrivain, il décrocherait le rôle immédiatement !

Après cette immersion dans le monde des livres, je me rends chez ma mère pour un repas de famille. Et là, deux surprises m'attendent. Un gâteau décoré d'un magnifique arc-en-ciel en l'honneur du thème de mon roman Arrête, Margaret ! Et le dernier livre de Michel Bussy... dédicacé à mon intention ! Les mères font pour leurs enfants ce qu'elles n'oseraient jamais faire pour elles-mêmes, ma mère lui a même parlé de mes projets littéraires ! J'ai reçu cette dédicace comme un cadeau : des félicitations pour mon premier livre et un "Bonne chance" dont je vais bien avoir besoin. Ma mère m'a rapporté le conseil qu'il lui a transmis à mon intention : m'accrocher.

Alors même s'il ne me connaît pas, je prends avec joie et humilité les encouragements et la bénédiction du Grand Maître !

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